On estime que plus de 160 millions de personnes ont besoin d’une aide humanitaire en raison de conflits, de catastrophes naturelles et d’autres situations d’urgence. Les taux de troubles mentaux peuvent doubler lors de telles crises. On estime qu’une personne sur cinq touchée par un conflit présente un trouble de santé mentale.
Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), la pandémie de COVID-19 a perturbé, voire interrompu, des services essentiels de santé mentale dans 93 % des pays du monde, alors même que la demande en santé mentale augmente. Compte tenu de la nature chronique de ces troubles, cela se traduit par un impact économique considérable à l’échelle mondiale. Les pays consacrent moins de 2 % de leur budget de santé à la santé mentale. Dans les dix prochaines années, la dépression devrait peser plus lourdement sur les nations que toute autre maladie.
Plusieurs raisons expliquent que la santé mentale ait été négligée. La première est la stigmatisation qui y est associée. La deuxième est la perception des troubles mentaux comme un « bien de luxe », plutôt que comme de véritables maladies. S’y ajoutent notamment un modèle de services fragmenté et dépassé : services de santé mentale fournis principalement dans des hôpitaux psychiatriques, grave manque de services de prévention, retard des évolutions politiques et pénurie de ressources humaines.
La santé mentale est l’un des domaines de la santé les plus négligés au monde. C’était vrai avant la COVID-19 (coronavirus), mais la pandémie a encore aggravé la situation de la santé mentale.
La santé mentale en chiffres
Les chiffres sont vertigineux. Aujourd’hui, près d’un milliard de personnes vivent avec un trouble mental et, dans les pays à faible revenu, plus de 75 % des personnes concernées ne reçoivent aucun traitement. Chaque année, près de 3 millions de personnes meurent des suites de la consommation de substances. Toutes les 40 secondes, une personne se suicide. Environ 50 % des troubles mentaux débutent avant l’âge de 14 ans.
Regard vers l’avenir de la santé mentale : investir dans la santé mentale est économiquement judicieux. À l’aube de 2021, j’aimerais revenir sur quelques enseignements :
La pandémie de COVID-19 a mis en lumière les vulnérabilités des systèmes de santé du monde entier. Pour être durables, les systèmes de santé ont besoin de soins primaires solides. Les services de soins primaires ne peuvent être considérés comme solides que s’ils couvrent les deux composantes de la santé : physique et mentale. Les services de santé mentale doivent donc être intégrés aux systèmes de santé plutôt que fournis de manière cloisonnée. Ils doivent faire partie des prestations de base de l’assurance maladie.
Selon l’OMS, chaque dollar investi dans la santé mentale rapporte 4 dollars.
Investir dans la santé mentale requiert une approche multisectorielle et intégrée. Cela suppose une « approche mobilisant toute la société », avec une implication communautaire, ainsi que les services de soins primaires, la santé publique, la protection sociale, l’emploi et l’éducation.
Les gouvernements doivent allouer des ressources issues de l’aide au développement et des budgets nationaux de santé pour mettre en œuvre des programmes communautaires de santé mentale et renforcer globalement le traitement des troubles mentaux. Au Pérou, le gouvernement a recouru à un modèle de financement axé sur les résultats, une nouvelle façon de soutenir les services de santé mentale par le biais de centres communautaires de santé mentale (CBMH). En inscrivant cette approche dans la loi, le Pérou a garanti que les ressources ne puissent pas être détournées vers d’autres activités. Cela a permis d’augmenter les investissements en santé mentale de 400 % (de 25 à 104 millions de dollars). Le nombre de CBMHC est passé de 22 à 154 centres fin 2019, et 60 autres sont prévus.
Donner la priorité aux besoins psychosociaux des groupes vulnérables, notamment des personnes déplacées, est essentiel pour tout pays qui investit dans la santé et le capital humain.
Des programmes de santé mentale durables nécessitent collaboration et responsabilité entre plusieurs branches de l’administration. Tous les dirigeants doivent s’exprimer clairement sur le sujet. Ce soutien à la santé mentale doit être politique, financier et intersectoriel. Atteindre les Objectifs de développement durable d’ici 2030 : agir vite et à grande échelle face aux maladies mentales est indispensable pour atteindre les Objectifs de développement durable (ODD), qui visent à permettre à tous de vivre en bonne santé et à promouvoir le bien-être de tous à tout âge d’ici 2030. À défaut, les conséquences socio-économiques pourraient être dévastatrices. Investir dans la santé porte ses fruits, dans le secteur de la santé comme au-delà.
Nous assistons à une crise de la santé mentale qui se déploie en même temps que la pandémie. Les données montrent les conséquences auxquelles le monde sera confronté si la santé mentale passe au second plan. Une conclusion simple s’impose : il n’y a pas de santé sans santé mentale !


